08 Juil Globe Trott’hour
Partie 1 : les origines
Le partage c’est la substance du voyage
Et la sève que sont les rencon que les rencon
Et les rencontres que sont la sève que sans la substance les rencontres qui sont la sève ne trouv ne saurait pas où se trouve l’écorce.
Et la racine globale la racine totale, la racine du voyage qui est en fait le point de départ qui est la racine heuu de ce voyage ne bénéficierait pas ! de cette sève… Et donc ne pourrait pas éclore
L’année dernière j’ai fait une révélation à ma mère. J’ai pris une décision qui allait chambouler ma vie. Qu’allait peut-être chambouler la sienne aussi d’ailleurs. J’avais si peur de lui dire parce que peur de sa réaction, effrayé du changement qui allait se produire dans ma vie. Mais j’étais excité aussi, ça allait enfin prendre une autre dimension que simplement celle du fantasme, de la lubie qu’on ne parvient jamais à concrétiser; ça faisait presque 6 ans que l’idée avait germé, que plusieurs signes m’avaient laissé des soupçons, des interrogations sur cette décision à prendre. Et puis je me demandais : qu’arrivera-t-il lorsque j’annoncerai cela à mes proches auprès de qui j’ai été relativement constant, attendu voire prévisible. Ils ont tout de même rapidement soupçonné chez moi des prédispositions pour le rôle de “vilain petit canard” mais je doute qu’ils s’attendaient à un tel aveu.
Alors voilà, j’ai ourdi minutieusement une soirée. Dressé une table piquée de chandelles, mitonné les mets qu’elle préférait. Sélectionné avec soin le vin sec et fruité qu’elle appréciait particulièrement.
Même réussi à tenir ma langue jusqu’à la fin de l’entrée malgré l’insistante curiosité que mes préparatifs lui avaient inspiré.
Alors je lui lance comme ça sans trop y penser :
- Tiens M’man je vais voir l’Amérique latine
- La mer de qui ?
- Non m’man je pars en Amérique du sud
- Tu rentres quand ?
- Je ne sais pas : j’ai acheté un aller simple
J’ai vu son visage se décomposer, et en même temps une lueur de joie soutenait timidement son sourir.
Elle pris son temps pour me répondre en me murmurant d’abord qu’elle était fière de moi. Puis elle me conta ses propres voyages et tout ce que cela lui avait apporté de confiance en elle et de rencontre merveilleuses dont elle garde encore le contact. Puis j’eu droit au discours de mise en garde des nombreux dangers que représentait ce continent, ses favelas, sa corruption et toutes ces choses que l’on peut voir grâce aux média qui font un travail de dissuasion fantastique.
Six ans que je rêvais de voyager, partir loin de ce que je connaissais, avoir le sentiment de vivre et d’accomplir quelque chose seul, c’était ça la réelle envie. Un fantasme! Ne devoir qu’à soi-même le mérite de ce qu’on fait. Il y avait certainement une part d’ego là-dedans qui s’exprimait, cependant je crois que c’est un désir humain.
Les préparations aux concours et les cours de théâtre, les mises en garde sur la fuite, apparemment, que pouvait représenter un tel départ, les préventions en tous sens sur le fait de perdre un an et des clients potentiel pour mon auto entreprise et revenir sans pouvoir reprendre mon activité. bref… trop d’éléments qui m’entrainaient à la procrastination récurrente de ce rêve…
Et le déclencheur ça a été Jérôme :
- Oh Dadou. Alors comment tu vas mon petit ? Tiens donne moi un café aussi. Tu as l’air content hein ? Tu fais toujours le théâtre là ? Hein ? C’est bien c’est bien. Et tu fais toujours les sites là ? Hein ? Ca te rapporte un peu de sous ça. C’est bien c’est bien.
Alors et ce que tu m’as parlé ?
Hein ? Ce dont ? On dit ce dont ? Quoi tu me reprends maintenant ? c’est le théâtre qui te donne confiance comme ça ? c’est bien c’est bien.
Bon alors ce “dont” tu m’as parlé.
Eh beh t’avais pas envie de voyager à une époque ?
C’est fini tout ça ? Hein ? T’as pas envie de venir voir des jaguars et les anacondas, de voir des toucans des aigles des perroquets, de pêcher au milieu des caïmans et des piranhas ? Eh ça te ferait du bien hein ? héhé. T’as pas envie de rencontrer une petite Brésilienne ? Hein ?
…
On t’as dit que les Brésilienne c’était des hommes ?
Qui c’est qui t’as dit ça ? Oh eh je vis avec une brésilienne moi hein. Déconne pas !
Bon que je te dise un peu ce que je fais : j’organise des safari de pêche “sportive !” tu sais ce que c’est la pêche sportive. On prend le poisson on le relâche. Bon on est en pleine jungle au coeur du Brésil, dans la région du pantanal, dans le Tocantin, tu vois où c’est ? Je t’ai jamais montré ? Alors regarde là c’est le Brésil avec la mer de ce côté – je le fais dans ton sens – la c’est l’amazonie, la y a le Mato Grosso, et à l’est y a l’état du Tocantin. Et moi je vis à Gurupi, tu te souviendras ? Nous on roule pendant huit heures depuis chez moi avec les barques et tout le matériel et la nourriture pour rejoindre une réserve indienne en pleine jungle. On monte le camp au bord du lago pretto, un lac de 18km de long rempli de piranha, de piraroucou, de toucounaré d’arouana des poissons que tu verras nul part ailleurs.
Hein ? Alors ?
Ca te plairait de m’accompagner ?
…
Faut que tu réfléchisse ?
Mais t’as pas réfléchi déjà pendant toutes ces années ?
Faut se décider maintenant mon Dadou
Bon alors tu prends tes billets hein ? Tu fais ce que tu dis mon Dadou. C’est le respect ça : quand on dit quelque chose à quelqu’un il faut le faire hein. C’est comme au Brésil quand quelqu’un te dis qu’il va te tuer il le fait. Hein ? Haha je te taquine mon petit. Ca c’est la vision que vous avez les occidentaux du Brésil. Mais faut pas croire tout ce qu’on te dit. Faut que tu viennes voir et tu te fais ton opinion. Tu vas voir que les gens là-bas ils sont bien plus plus humains et chaleureux que les occidentaux.
La semaine d‘après je prenais mon billet, m’occupais des vaccins, passeport, assurance, point d’arrivée, j’apprenais même les rudiments du portugais Brésilien avec duolinguo. Il me restait plus qu’à faire fasse à la tristesse de ma mère. (Mais) C’est si bon de pouvoir dire un jour “je pars et je ne sais pas si je rentre”. Quel sentiment de liberté ça procure, une impression de se rapprocher un peu de l’immensité du monde.
Et je terminerai sur une phrase d’un auteur que je lis avidement ces temps-ci, un adepte du voyage, de liberté, de solitude et de silence : Sylvain Tesson dit en parlant de la fuite : La fuite est le nom que les gens ensablés dans les fondrières de l’habitude donnent à l’élan vital.
Partie 2 : au café du canal
- Alors raconte ! (sur son tel)
- Non mais je peux pas te raconter 1 an de pérégrinations en 5 minutes je sais pas pose moi des questions
- Ok bon alors tant pis si ça fait mille fois qu’on te pose la même question ?
- Tant pis pose !
- C’est quoi le pays que t’as préféré ?
- Brésil. Enchaine !
- Ok mais pourquoi
- Parce qu’on a pas le temps
- Non le Brésil
- J’y suis resté trois mois en tout.
D’abord dans la jungle avec un guide qui organise des safari de pêche au coeur du Brésil, dans une réserve indienne. On plante un camp au bord d’un lac bourré de caïmans et de piranhas, aucune connexion avec le reste du monde, juste la nature et l’instant présent, pendant 2 mois. - Tu rentres peut être un peu trop dans le détail là je sais pas si on a le temps…
- Ouai désolé… j’avance de 3 mois ?

(Un serveur arrive) - Non non. Tu prends quoi ?
- Un rail de coke
- A boire
- Une pinte
- 2 pintes s’il vous plaît.
- (Le serveur) Ça marche !
- Ce qui t’as marqué le plus dans ton voyage, ce que tu en retires, ce qui a fait que t’as l’impression d’avoir changé, bref un truc fou que tu me partagerai et d’un coup j’aurai envie de partir en voyage.
- Ok il y a un truc assez fou que j’ai remarqué avec le voyage. En fait comme tu changes constamment de lieu et de personne que tu rencontres, l’image qu’ils te renvoient de toi est toujours neuve. Tu vois ici quand tu fréquentes des gens depuis longtemps on se met tous un peu dans des cases, untel est susceptible, untel est pas drôle, untel est un gamin…
- untel est un dragueur…
- Tu parles ou je parle ?
- (Le serveur revient avec les bières)
- Continue. Merci !
- Là on n’a pas ça. L’étranger est un miroir immédiat de ce que tu lui envoies. Donc si une chose me déplait chez moi, je change de lieu, nouvelle rencontre, et là je constate l’application du changement opéré chez moi.
- T’es devenu encore plus narcissique qu’avant en fait ?
- Je t’explique comment grâce à l’inconnu tu progresses dans ton rapport avec les autres et toi tu…
- Rigole ! Allé allé enchaine (grand sourir, espiègle)
- Du coup je faisais un reset de ce que j’avais envie de corriger chez moi, et d’autre chose que je voulais conserver qui me plaisait mais qui méritaient un petit ajustement
- Comme la séduction ?
- T’as fini
- C’est à toi que je devrais demander ?
- Bon il y avait aussi le fait de pas forcément tout prendre pour soi lorsque ça fonctionne pas avec quelqu’un, se dire qu’on peut pas plaire à tout le monde et l’accepter. Je vais pas rentrer dans le détail de tout ce que j’ai constaté mais ça permet quand même de prendre du recul de rien devoir aux gens qu’on croise. Libre d’aller et de faire ce que bon me semble.
- Personne t’as retrouvé là-bas ?
- Je me suis perdu pas mal de fois j’ai réussi à m’en sortir
- Des amis qui t’auraient rejoint ?
- Y a Sarah qui m’a rejoint au Pérou, c’était top mais c’est vrai que d’un coup toutes les décisions se font à deux donc moins de liberté
- Donc pour toi le truc fou c’est le reset ?
- Le reset c’est grâce aux rencontres. Le truc fou c’est la rencontre de soi à travers l’inconnu
- Qui l’eût cru ? (Lui montrant qu’il ne bois pas )T’en veux plus ?
- J’continue ?
- Qu’est ce que tu as le plus fait ?
- Marcher. Marcher des heures en pleine nature…
- Attends t’as dit que tu t’étais perdu
- Ouai j’ai fait un peu n’imp par moment j’ai failli me noyer et une autre fois dans la mangrove j’avais plus d’eau et je tournais en rond j’suis resté 5h…
- Bah voilà du croustillant raconte
- Ouai enfin c’est pas ça qui va te donner envie de voyager
- Non mais ça va bien me faire rire je sens
(son téléphone vibre)
Ah attends. Allô ? Oui ? Oui tout à fait… c’est vrai ? Tout de suite ? Très bien j’arrive. Oui Merci beaucoup.
Faut que je te laisse je crois que j’ai eu mon CDI !!! Wouhouuuu
Tu me racontes la prochaine fois d’accord ? - Bien sûr félicitation ! A plus tard
Partie 3 : en vers
– Te raconter en 3 minutes mon voyage ?
Sais tu combien de temps je suis parti en tout ?
– Je dirai à peu près que tu t’en fut…
– Tu gages ?
– Allons oui pourquoi pas. 1 an ?
– 10 mois c’est tout
– Et quel fut le pays que tu as préféré ?
– Je place le Brésil parmi les tous premiers
J’y suis resté 3 mois, jungle, montagne, mer
Deux mois entiers avec de gros caïmans verts
Au bord d’un lac perdu dans une réserve indienne
Ils nageaient en surface avec leurs yeux de hyène
– Mais tu n’as pas eu peur de tous ces prédateurs ?
– Le guide sait ce qu’il fait, il y a les Brésiliens
Qui connaissent la faune et la flore par coeur !
Ils vivaient sur le camp et nous ne craignions rien
S’il y a un danger, la réelle menace
C’est un petit serpent, arboricole hélas
Dont la morsure entraine, à cause du venin
De vives convulsions, la mort le lendemain
Il y avait aussi des guêpes et des fourmis,
D’une taille, crois moi, à nulle autre pareille
Et viennent te piquer si tu fait trop de bruit
Et sur les plages aussi, des millions d’abeilles
De cette hostilité les forêts sont chargées
Mais on y peut trouver des oiseaux merveilleux
Des aigles des condors, des toucans colorés
Des vautours en pagaille ou des perroquets bleus
– Quelle envie tu me donnes à me compter cela
J’aimerai tout laisser, arpenter les forêts
Escalader des monts, labourer les toundras
Mais je dois te laisser, cher ami, au regret
Une affaire importante requiert mon attention
– Il faut également que je prenne un avion
– Excellent ! Partons nous dans la même direction
– J’emprunte le métro
– J’ai 4 ou 5 stations
(ensemble en s’éloignant) Hahahaha
Partie 4 : l’interview
L : …mais la raison profonde qui vous a poussez ?
E : Je crois qu’au départ je voulais me mettre dos au mur, dans ce danger que pouvait représenter l’inconnu pour moi, aller vers l’autre pour me prouver que j’étais capable d’accomplir quelque chose, que j’étais normal peut-être aussi et que je pouvais communiquer avec quelqu’un sans me poser mille questions sur ce qu’il pense de moi.
L : Et vous avez l’impression de vous poser moins de questions là ?
E : euh…
L : Pourquoi vous avez écrit ça alors ?
E : … C’est dans le texte ça ?
L : Non non je déborde un peu
Alors vous décidez de partir au bout du monde, seul. J’imagine que vous avez réussi à solutionner cette problématique qui vous a poussé à partir. Rapidement comment vous vous y êtes pris ?
E : C’est assez simple finalement. L’inconnu ne renvoie que l’image immédiate qu’on lui donne de nous, sans préjugé, à priori. On peut donc corriger ce que l’on ne veut plus voir chez soi,changer d’endroit et en rencontrant de nouveaux inconnu constater l’évolution.
L : J’ai rien compris. Vous dites que vous cherchiez à communiquer sans vous demander ce que les autres pensent de vous et vous êtes finalement en train de prendre note de tous leurs retours.
E : Je vous donne un exemple
L : C’est pas trop long ?
E : J’étais avec un guide et 3 autres personnes à Chapada Diamentina au Brésil. Et je passais mon temps à emprunter d’autres chemins que ceux que le guide nous indiquait. Lorsqu’on remontait une rivière, je trouvais toujours le moyen de la traverser pour être sur la rive opposée au groupe…par exemple et une fois alors qu’on traversait littéralement un plateau rocheux et j’ai emprunté une autre voie plus escarpée et dangereuse. Et lorsque j’ai retrouvé le groupe le guide m’a dit en brésilien une phrase qu’aurait pu dire ma prof de théâtre lorsqu’elle me cherche et qu’elle sait que j’ai fait une connerie.
L : Votre prof de théâtre parle brésilien ?
E : Et là ça m’a frappé
L : …elle est peut-être transexuelle…
E : C’est incroyable ! qu’ils m’aient fait le même retour c’est bien que ça vient de moi et j’ai eu envie de corriger ça.
L : Vous dites que vous vous sentiez coupable auparavant lorsque cela ne fonctionnait pas avec une personne
E : Oui le voyage permet de se détacher de toute contrainte et surtout de ne rien devoir à personne: on peut quitter un lieu quand on le décide ou bien choisir de rester un mois, de même on se moque de ne pas s’entendre avec quelqu’un. Et on se rend finalement compte que ce n’est pas si différent que lorsqu’on ne voyage pas, on peut se défaire du ressentiment des gens pour se concentrer sur les personnes qui comptent plus. On apprend à filtrer mieux ses relations…
L : Qu’est ce que vous faisiez le plus que vous ne faites plus ?
E : Marcher, marcher des heures en pleine nature, seul ou avec des étrangers, des gens qui finalement recherchent la même chose que moi, puisqu’ils sont là, et qu’on n’atterrit pas là par hasard.
L : Vous avez camper, parfois seul. Vous vous êtes perdu ou bien fait peur ?
E : Je me suis perdu pendant 3h dans la mangrove, je tournais en rond et j’ai réussi à en sortir en grimpant plusieurs arbres pour m’assurer d’arrêter ma ronde. Je me suis fait peur aussi au nord de Rio j’ai été emporté par le courant au bord de la plage les sauveteurs m’ont récupérés en m’insultant
L : “Encore un gringo qui sait pas lire un panneau rouge sur une plage”
E : Vous étiez là ?
L : Et les habitants, la culture est très différente de chez nous ?
E : Dans la majorité des endroits où je suis allé les gens vous accueillent comme un ami voire la famille. Avec un couple français on a visité une favelas à Rio. Il organisaient un barbecue dans la rue on est passé ils nous ont immédiatement invité. On a dansé joué au babyfoot parlé de tout on a passé l’après midi avec eux. C’est pas la même conception du partage. J’ai vu un homme rentrer dans le restaurant un soir, il regardait les photos des plats exposés et puis il est ressorti sans rien acheter. Un petit assis avec son père s’est levé et l’a rattrapé. Le père lui a fait signe de choisir un plat et de manger à sa faim. Puis il a payer. Ils sont partis et se sont quittés.


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