Trois pays plus loin…

Tant de choses à relater, encore, tant d’événements notables qui s’additionnent à se conte de vie…

J’ai quitté le « Ricon Utopic » d’Argentine pour prendre la route vers le nord, renonçant ainsi à ma première intension de rejoindre le Sud, le vin de Mendoza, les montagnes vertes aux cimes enneigées de Bariloche et surtout renoncé à la Patagonie, ce lieu mythique sur le rebord du monde et où la nature est maîtresse absolue.

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Un mois d’échanges, de partages et de méditations, bercé par le roulement de la rivière sur la roche, envoûté par le frémissement ; des arbres dans la brise argentine.
Je laisse derrière moi le mystique Yannis,  ses chants en mantra et son rire grave et contagieux ; son fils Chuan de 12 ans, qui chasse les palomas et joue déjà du Téléphone à la guitare ; son petit frère Cristian qui l’observe, admiratif, et du haut de ses 5 ans déborde déjà de courage et de vaillance ; Hélène et ses dreadlocks qui toucheront bientôt le sol, son immense sourire et l’émerveillement perpétuel révélé dans ses yeux m’amusent encore. J’emporte avec moi son enseignement du macramé, une pipe en tagua – fruit du palmier à ivoire – que Yannis rapporta de son voyage en Équateur, et cette chemise Canadienne qu’un voyageur avant moi laissa.

Empruntant le dernier bus pour la Rioja, je laisse trainer mon œil nostalgique sur le paysage qui s’enfuit, ébloui par le soleil couchant qui caresse d’une lumière orangée les plaines vertes et brunes à perte de vue.  Aujourd’hui je peine à me souvenir du moindre détail et de tout ce qui composait ces paysages étrangers.
Arrivée tardive dans la nuit éclairée du trafic. La chaleur de la ville retenue dans l’asphalte libère des vapeurs rances dans l’obscure clarté.  A l’auberge je fais la rencontre de 3 voyageuses venant de Mendoza qui font la route en stop. Nous nous promettons déjà de nous retrouver à San Pedro d’Atacama au Chili, à quelques milliers de kilomètres de là. Il faudra remonter jusqu’à Salta au nord de l’Argentine, à plus de 7 heures de bus de la Rioja, rouler encore 6h en direction de la frontière chilienne, et, dévalant les montagnes de Purmamarca, croiser le regard des Vicuñas , fouler le désert à 5000m d’altitude à Susque, et observer encore l’envole de flamands rose juste avant le Chili.

– vient avec nous ! me lance l’une d’elles.
– j’ai promis au vieux fou qui m’a hébergé 1 mois de saluer les cactus San Pedro de Dique Los Sauces, ici à la Rioja.

J’ai cherché cet idylle décrit par Yannis, « beau et perdu au bord d’un grand lac ». Un lac, oui : je cheminais sur sa rive depuis plus d’une heure. Seul et entouré de centaines, de milliers de San Pedro, trop nombreux pour les saluer tous, j’observai, incrédule. Ma faible connaissance de ses plantes xérophytes m’indiquait simplement qu’une fleur apparaissait au bout de 10 ans et que cette espèce peut atteindre 12m de haut. Ceux qui me faisaient face mesuraient pour la majorité entre 3 et 7m et j’ai pu observer plusieurs fleurs : les séniors de la Rioja. Mais ce peuple et sa terre aride n’offrait qu’un sol hostile à mon bivouac et je décidai, après 2h de marche sinueuse dans les plis de la montagne, de rebrousser chemin et poursuivre ma route vers le nord du pays.

Direction Tucuman. Fourmilière retentissante embrassée de silence. A l’ouest s’élèvent des monts et des forêts à plus de 4000 mètres, à l’est des lacs et des plaines verdoyantes, et ici, le chaos assourdissant de la ville m’accueille dans la nuit rutilante des phares des autos.
Une nuit chez l’habitant : une charmante femme, à peine âgée, qui vit avec son chien… et puis son fils. C’est dans cet ordre qu’elle me les a présenté. J’ai d’abord été accueilli par les aboiements de l’épagneul argentin réveillé par la sonnette et surpris sans doute de l’heure tardive à laquelle elle tintait. L’escalier que je dû gravir, passé la première porte, me parut d’une étroitesse extrême : mon sac frottait sur les parois de chaque côté. En haut, une seconde porte, entrebâillée déjà, et un faisceau jaunâtre qui laissait entrevoir deux silhouettes à contre-jour.
Julietta m’accueillit chaleureusement et imitant son maître, l’épagneule gris et noir en fit autant en m’indiquant le chemin.
Un mois entier que je dors dans ma tente, sur le sol : la simple idée de me coucher dans un vrai lit fait monter un sourire irrépressible à mes lèvres et une sensation de plaisir anticipée. Une sobre pièce, 2 mètres sur 2, guéridon, petite table et lit superposé : le luxe. Je remercie mon hôte – trop je crois – et, délaissant tout mon paquetage d’un seul mouvement, m’effondre de tout mon long, embrassant le matelas à pleine figure et riant dans les couettes, de joie ou de fatigue, je ne sais plus.
Au petit déjeuner je partage mon souhait de rejoindre les cimes des montagnes alentours. Julietta me conseilla, avec toute la tendresse d’une mère à son fils, m’informa sur tous les horaires de bus, les camping, les trekking, les prix, bref, un vrai routard aux yeux d’un vert profond et au sourire bienveillant.
Le bus que je pris sillonna les forets, les ravins, les fleuves et les cascades. Nous montions, plongés en pleine nature nous montions. Nous sentions décroître la température et la buée apparaître peu à peu sur les carreaux du bus ne laissant bientôt plus loisir à mon œil d’étaler son regard dans le vide grandissant. Au dessous des aigles et des vautours qui tournoyaient en contrebas, le tapis vert déroulait son hégémonie.
L’ascension dura 3h.

Tafi Del Vale, réputé pour son altitude, son bon vin et son fromage. Après 3h de montée, me voilà perché à 3000 m d’altitude, entouré de montagnes verdoyantes, de chevaux, de lamas en liberté marchant littéralement librement sur les routes au côté des rares voitures de ce village suspendu. Arrivé et pris du froid de l’altitude, je cherchai un endroit pour planter ma tente librement, près d’un court d’eau. Je m’installai au milieu des chevaux sur un petit îlot, le fleuve s’écoulant de part et d’autre. J’y restai 3 jours à écrire et à lire, perdu dans la nature, en autarcie. Lorsque je me promenais dans ses rues, ce petit village aux habitants atypiques et tranquilles me rappelait immanquablement cette ville des alpes dans laquelle j’allais skier lorsque j’étais plus jeune : Serre Chevalier. Il y a quelque chose dans l’altitude qui marque les traits des visages, qui les apaise peut-être. La vie calme et tranquille laisse ainsi libre court à l’observation et la conscience de la nature qui nous entoure, à l’immensité des plaines et des montagne qui s’étendent à perte de vue en contrebas et en amont. Je quitte ce village isolé en ayant peu rencontré de gens ni découvert beaucoup de sa culture mais cependant très chargé de son énergie envoutante. Direction Salta, là encore sans la moindre réservation ni le moindre plan de ville pour m’aider, sans internet et sans contact. J’arrive sous une pluie diluvienne, la première depuis bien longtemps dans cette région, et reste ainsi d’autant plus bloqué au terminal. Par chance nous sommes en pleine journée. Je demande le partage de connexion mais rien y fait le destin s’acharne et aucun signal dans ce maudit terminal. Relativisant

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